Dimanche 16 novembre 2008



 

Un nouveau livre d’Hervé Guibert, c’est toujours un événement. L’écrivain mort le 27 décembre 1991 n’en finit donc pas de nous livrer ses écrits. Les Articles intrépides que nous proposent cette fois encore les éditions Gallimard regroupent bon nombre des meilleurs articles rédigés par l’écrivain et journaliste entre 1977 et 1985. Légers, profonds, souvent insolents, toujours empreints d’une étonnante liberté de ton – il semble bien d’ailleurs que notre époque ne saurait plus oser un tel décalage – ils constituent une preuve supplémentaire s’il en était besoin, de l’ancrage particulièrement marqué d’Hervé Guibert dans son temps. Oui, sans doute, Hervé est un auteur des années 80. Et ce constat, loin de s’avérer limitatif, forge au contraire la force principale et essentielle de cette plume-là, de cette pensée-là.

Mais peut-être faut-il rappeler pour les plus jeunes lecteurs qui était, qui est Hervé Guibert. Né en 1955, ce journaliste, romancier et photographe, ami et voisin de Michel Foucault sur la mort de qui il écrivit dans Mauve le vierge quelques-unes de ses plus belles page, de Sophie Calle ou d’Isabelle Adjani, il travaille comme critique pour le journal Le Monde entre 1977 et 1985. Il est fou de cinéma et de photographie, mais c’est surtout comme écrivain qu’il sera rapidement reconnu. Ses écrits, depuis son journal jusqu’à ses romans, puisent à l’aune de l’autofiction. Il se joue de sa vie, des hasards de l’existence, et émaille ses textes d’expériences personnelles, met en scène ses amis sous de faux noms facilement détectables, passe son temps en quelque sorte à jouer à cache-cache entre le réel si romanesque et la fiction tellement proche.



Pour ses Articles intrépides – un titre qu’il choisit lui-même, après moult hésitations, peu avant sa mort -, il se nourrit de nombreux entretiens avec des artistes, restituant à merveille la vie culturelle au tournant des années 80. Côté cinéma : Maurice Pialat, Andréï Tarkovski, Léos Carax, Isabelle Adjani, Bulle Ogier ; côté arts plastiques : Francis Bacon, Balthus ; côté danse : Pina Bausch ; côté pop : Dalida, Etienne Daho ; côté théâtre et opéra : Bernard-Marie Koltès, Patrice Chéreau. Les thèmes qu’il balaye à travers ses articles renvoient invariablement à son œuvre littéraire qu’il construit alors en parallèle au éditions de Minuit, avant de passer, plus tard, chez Gallimard.

En effet, son éditeur, Jérôme Lindon, refuse en 1990 le roman dans lequel il révèle sa séropositivité , A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie. C’est ce texte qui lui fait conquérir, médiatisation oblige, voyeurisme télévisuel en tête avec les émissions « littéraires » de Bernard Pivot, un public beaucoup plus large que le lectorat élitiste et confidentiel de Minuit. Ce roman, premier d’une trilogie composée également de Le Protocole compassionnel et de L’Homme au chapeau rouge, décrit la révélation et l’avancée quotidienne de la maladie. Il réalise un travail artistique acharné sur le SIDA qui inlassablement lui retire ses forces, à travers ses textes, ses photographies de son propre corps, mais aussi le film qu’il réalise quelques semaines avant de disparaître et que finit par diffuser, après moult hésitations, la télévision le 30 janvier 1992.

J'ai déjà raconté, dans certains de mes ouvrages, mes rencontres avec Hervé Guibert. La longue quête que je lui ai consacrée après sa mort, rencontrant un à un ses amis, ses proches, sa famille afin de cerner les contours d'un des parcours littéraires les plus marquants de la fin du XXe siècle, ont donné une épaisse biographie publié aux éditions Actes Graphiques. D'autres ont pris le relais, journalistes, universitaires du monde entier, lecteurs passionnés. Partout, en France, en Allemagne, au Japon, on parle de lui, on organise des colloques, on travaille sur son oeuvre, on expose ses photographies.

Devenu presque aveugle à cause de la maladie, il tente de mettre fin à ses jours la veille de ses 36 ans et meurt onze jours plus tard après de terribles souffrances, le 27 décembre 1991. Hervé Guibert disait vouloir que l’on jette ses cendres dans une poubelle. Il sera enterré à Rio’n’elle Elba près de Santa Catarina, sur l’île d’Elbe.

C.S.

17/11/2008

Hervé Guibert, biographie, par Christian Soleil, éditions Actes Graphiques, 2003, 32 euros.

Par christian soleil - Publié dans : ETUDES ET ARTICLES
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