Jeudi 3 avril 2008

 

Cinétévé et Arte France sortent un DVD intitulé La passion selon Mehdi, un film du réalisateur Bernard George qui retrace l’ascension récente du torero Mehdi Savalli. Depuis son plus jeune âge, ce virtuose de la tauromachie a été entraîné et suivi par Paquito Leal. Pour Mehdi, Paquito est plus qu’un père : son mentor, sa présence, son chemin de vie. En son temps, Paquito lui-même fut nommé «l’enfant prodige» et il sait mieux que quiconque combien la tauromachie est une discipline à part, une façon de regarder le monde. Le film, s’il retrace l’enfance de Mehdi, met surtout en scène l’année 2006, une saison décisive pour le jeune Mehdi, qui vient à peine d’avoir vingt ans et que réclament déjà toutes les arènes de France et d’Espagne. Sacré meilleur espoir, il est alors en route vers l’alternative, qui le verra devenir officiellement matdor de toros.

 

C’est une histoire «fiévreuse et rêveuse, une adolescence,» comme l’écrit Jacques Durand dans Libération, «une histoire de taureaux, donc de vie, de fringale et de rage de vaincre. Ce pourrait être un roman de Jack London. C’est un road movie intense et intime.»

 

Croisé à l’Auberge espagnole, au coeur du vieil Arles, après la corrida du 23 avril qui lui a permis, malgré des températures nordiques, de couper l’oreille de son premier toro, Mahdi Savalli, tout sourire, évoque sa carrière à peine entamée : «Au début, j’allais à l’école taurine d’Arles avec mes copains, pour m’amuser, un peu comme on jouait aux toros dans la cour du collège. Mais le collège, c’était pas trop pour moi. J’ai arrêté à la fin de la troisième. Peu à peu, je me suis consacré au toro et rien qu’à ça. On ne peux pas penser à autre chose si on veut être torero. C’est un sacerdoce, une obsession, une passion. On ne peut même pas être amoureux. Le toro, c’est vingt-quatre heures sur vingt-quatre.»

 

De père italien et de mère marocaine, Mehdi a grandi dans le quartier populaire de Barriol, en Arles. Il a une dizaine d’années quand il débarque à l’école taurine d’Arles, où il est bientôt remarqué par Paquito Leal. Le fondateur et directeur de l’établissement a une façon bien à lui de former ses jeunes, laissant chacun exprimer sa personnalité et son style. Quoi de commun en effet entre un Juan Bautista, un Sébastien Castella et un Mehdi Savalli ? Chaque torero a sa manière, son vocabulaire, sa grammaire. Pas question donc de les cloner pour qu’ils lui ressemblent. Un travail de mentorat et d’accompagnement qui n’est jamais un enfermemenr.

 

«Bien sûr, poursuit Mehdi, au début on a peur du toro. La peur est toujours là. Elle te suit. On apprend à la dépasser, à vivre avec. Sinon, on fait un autre métier. On pense tout le temps à la mort. En même temps, on n’y pense pas. A vingt ans, l’âge de la jeunesse, le plus bel âge de la vie, c’est un peu étonnant, non ? Mais c’est comme ça. On a ça en nous, gravé. Au début, je travaillais surtout au sentiment, à l’affectif. Puis on ajoute la technique. C’est ce que je fais. Mais le sentiment reste toujours. C’est d’abord une intuition. Par exemple, quand on se met le dos au toro, c’est que cela ne risque rien. On le sait par expérience. C’est le métier. Enfin, en général. Mais quand le public se met alors à crier, c’est qu’il se passe quelque chose. On le sait aussi !»

 

Mehdi Savalli est «un Français qui a une tête d’arabe», comme le rappelait sur un ton clairement xénophobe une présentateur télé espagnol peu enclin à respecter un torero qui n’est pas du pays. Son teint mat, son sourire éclatant ont déjà inspiré le peintre Gaillard, qui a brossé un portrait sensuel et divin de Mehdi.

 

Le film de Bernard George montre la relation exclusive, amoureuse, qui lit le jeune Mehdi à son mentor. Comme toute relation amoureuse, elle se terminera par une rupture, le jour où le jeune homme décidera qu’il est temps de franchir un nouveau cap. Chacun le sait. Chacun, sans doute, redoute un peu ce moment mais s’y prépare. Il n’y a pas de place pour la nostalgie dans la carrière d’un torero, le seul artiste qui chaque jour est prêt à mourir pour créer un chef-d’oeuvre. Ce qui se trame est d’une autre importance.

 

Torero, ce n’est pas tous les jours la vie rêvée. D’abord, cela coûte cher. Il faut payer les picadors, le matériel, les capes, les déplacements, les séjours, la communication. «On arrive à faire des économies, souligne Mehdi. Par exemple, quand je vais en Espagne, à Madrid ou ailleurs, je dors chez l’habitant. J’économise ainsi l’hôtel. Je peux vivre deux semaines avec 500 euros. Quand on n’a pas encore d’engagements, il faut bien se débrouiller comme on peut».

 

propos recueillis par C.S.

 

La Passion selon Mehdi, DVD produit par Cinétévé et Canal Plus, comprend plusieurs films dont :

- La Passion selon Mehdi, 1h17 ;

- A l’ombre des arènes, un feuilleton sur l’école taurine d’Arles, 4 x 28 mn ;

- Gaillard, le portrait de Mehdi, au coeur de l’oeuvre dans l’atelier de l’artiste, 10 mn ;

- Paquito Leal, entre... Sol y Sombra, vingt ans plus tôt, Paquito Leal, matador de toros, 20 mn.
par christian soleil publié dans : ETUDES ET ARTICLES
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Voir tous les articles

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
création de blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus